L’ombre

30/12/09

Pressentiment – cette ombre longue – sur le Gazon –

signe que les Soleils déclinent –


L’annonce à l’Herbe effarée

Que la Ténèbre – va passer –


Emily Dickinson

in  » Y aura-t-il pour de vrai un matin « 

ombre123

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Ils avaient pratiqué la littérature, qui est un genre de délinquance et d’espionnage

comme un autre et qui, comme eux, ne sert qu’à vivre, ou qu’à se supporter un peu.

De son adolescence soudain remuée un vers s’imposa tout à coup impérativement :

 » parce que l’homme est frontière du feu  » dit-il. Mais ensuite, il resta silencieux.

En effet, si ce vers fut jadis une flèche, il était aujourd’hui une flèche fatiguée.

Sans la force ni la foi de l’imaginer capable de se ficher quelque part, il l’a laissé là sur

la table, pour qu’il tienne au moins compagnie au tabac…


Santiago Montobbio

in  » Le Théologien dissident « 

hommefeu

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Diaphane

28/12/09

…la pâleur j’y consens, que soit diaphane

ce qui doit l’être et que le reste fane…


Bertrand Degott

in  » A chaque pas « 

diaphan

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Territoire

26/12/09

La mâchoire du serpent se referme.

Et l’oiseau pour autant n’ouvre pas son aile.

Nous sommes venus au-travers d’une forêt bruyante.

Et par le ciel.

Pourquoi dire ce territoire?

L’oiseau et le serpent en moi

sans vergogne.


Pentti Saarikoski

in  » Territoire « 

territoire

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L’inconnu

26/12/09

C’est l’inconnu qui nous mène, qui nous domine. Il rend la pensée passionnante,

parce que par notre inconnu nous allons à la découverte de nous-mêmes.

Cet inconnu de nous-mêmes, et de la pensée, fond ensemble dans une même

recherche l’inconnu du sujet, l’inconnu du poème, l’inconnu de l’art, l’inconnu du

langage,  l’inconnu de l’éthique, l’inconnu du politique.


Henri Meschonnic

in  » Le Poème Meschonnic « 

inconnu123

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Tout est voyage

25/12/09

Tout est voyage on vit au bruit des rames et des roues

Ce croisement la terre

A chacun son chemin dans la nuit de son pas

La vérité du pouls battant des charades d’amour

On marche pour

On vient on va

Puis las de tant de choses taire

On dit Il était une fois


Non ce temps là viendra j’en suis certain c’est sûr

au moment même où je m’éloigne avec les gens à demi sourds

avec les ombres du matin

sur l’Italie de l’écriture.


Pierre Lartigue

in  » Poèmes en marge des Regrets « 

depart123

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Le lieu

23/12/09

Le lieu est d’abord un cadre de nature. Il se découvre à la faveur des pas. Au détour

d’un chemin, de la route – d’un chemin plus que de la route – il apparaît. Comme de

lui-même, on dirait, se dégage de son entour, de ce qui n’est, pour le passant hâtif,

qu’un continu de paysage globalement ressenti. Il apparaît, se donne à voir, mais non

d’emblée, ni en pleine évidence. Le lieu ne s’impose pas, comme ferait un site à

découvert, aussitôt admiré ; le lieu n’est pas chose qu’on admire. Il est ce qui nous

parle. D’une voix sourde le plus souvent, et qu’il faut savoir reconnaître, mais bientôt

insistante… C’est une prairie déclive à l’orée d’un bois, montant vers lui d’un

mouvement paisible, avant de se perdre en sa zone d’ombre ; c’est l’eau immobile

d’un étang devinée entre les arbres, ou la mer soudain apparue, masse lisse d’eau

bleue entre deux falaises… Le lieu parle d’ici, avec les moyens d’ici, mais d’ailleurs

aussi bien – comme d’un ailleurs dans l’ici. Il est, bien sûr, à chaque fois une découpe

dans ce qui n’est qu’alentours ou parages indistincts, mais non tout à fait arbitraire et

qui semble en attente d’être avérée, ratifiée, de trouver en nous son écho. A l’analyse

et après coup, on peut même penser qu’il est réellement attente et sourd appel, voix

qui ne demandait pour être telle que d’être si faiblement que ce soit entendue, parole

sinon proférée, du moins proférable du monde.


Roger Munier

in  » Si j’habite « 

lieu

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La poésie…

22/12/09

Qu’est-ce donc que la poésie ? Un feu de camp abandonné,

qui fume longuement dans la nuit d’été, sur la montagne déserte.

Retrait du monde et de moi-même,

Souvent je l’ai entendu germer dans la pierraille de la montagne,

Le grondement muet dont naîtra le tonnerre.


Claude Vigée

in  » Mon heure sur la terre « 

fumerolle

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Mais le jour, qu’a-t-il fait du jour ?

La nuit, qu’a-t-elle fait de la nuit ?

Le sable, qu’a-t-il fait du sable ?

L’effacement ou la trace ?

Le ciment ou la chaux ?

Le verbe ou l’oubli ?

Et le caillou, qu’a-t-il fait de l’eau du ruisseau ?


Julien Bosc

in «   je n’ai pas le droit d’en parler « 

homme23

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La quête

20/12/09

L’écriture est la quête d’un vin qui n’existe pas.


Jean-Claude Pirotte

ivresse

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L’Oeuvre

19/12/09

Chaque artiste modifie, fût-ce imperceptiblement, la manière avec laquelle l’humanité se regarde elle-même dans sa propre existence.


Carlo Bordini

in «   Notes sur la poésie « 

miroir123

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Mi-route

18/12/09

Il y a un moment précis dans le temps

Où l’homme atteint le milieu de sa vie,

Un fragment de seconde,

Une fugitive parcelle de temps plus rapide qu’un regard,

Plus rapide que le sommet des pâmoisons amoureuses,

Plus rapide que la lumière,

Et l’homme est sensible à ce moment.


Robert Desnos

in  » Domaine public « 

visage123

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17/12/09

Quelque chose, on dirait de l’air. Moins, une attente sans objet, puisque les objets ne

font que dessiner le vide sur lequel ils se détachent. Ce désir, seul, minuscule, mais

tenace. Une sorte de lueur, comme sous une porte. Ou entre les paroles, cette rumeur

filtrée qu’on entend parfois, si on s’arrête. [...] Passage ou frôlement, trace, éclat ou

germe –, saisissement. Mais sans rien qui saisisse qu’une absence si proche. Alors on

est là aussi, parce que c’est là. Juste le temps de ne pas le dire. D’en laisser comme le

nimbe sur une page.


Jacques Ancet

in  » Journal de l’air « 

rai231

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Nuit

16/12/09

Dans la nuit toujours brûle un feu caché,

la splendeur de l’air, un jour resté vain

pour nos sens qui, gravitant vers le haut,

ne voient pas et n’entendent pas en bas.

Le calme est un heaume pour le fleuve et

la douleur une brise pour le peuplier.

Et je le comprends, les ombres ainsi

offrent leur lumière, l’offrent tant et tant

que le matin jaillit sans commencer

ni finir, éternel dès le couchant


Claudio Rodríguez

in  » Don de l’ébriété « 

nuitjour

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Le temps de saisir dans son œil

Le chat l’oiseau la rose l’abeille

Et le regard perdu d’une fille de rue


Le temps de saisir dans son nez

L’odeur puissante du goudron

Et le parfum porteur d’un nom de reine


Le temps d’orner l’oreille

D’un cri d’enfant

D’un crissement de roue


Le temps de respirer six fois

De rêver d’espérer

Et de rouler comme un galet

Dans le torrent sauvage de la vie


Edmond Dune

in  » Des rives de l’aube aux rivages du soir « 

moment

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Je sais vraiment peu de choses. On croirait même que je ne sais rien. Il convient

parfois de tromper son monde. J’écoute parler le vent qui vient de la mer avec son

goût salin, et le terroir qui recueille la lumière du ciel et porte la vigne, j’écoute le feu

qui brûle et accorde ses fibres, et je recueille aussi la parole silencieuse du temps.


Jean-Claude Pirotte

poete23

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l’enlaceur…

13/12/09

ainsi je vais enlaçant

les mots et rendant purs les sons

comme la langue s’enlace

à la langue dans le baiser



Bernard Marti

baiser23

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Quelle cruauté

de la ronce enroulée

dans l’infinie bonté

d’une ligne horizontale


Paul Louis Rossi

in  » Les Ardoises du ciel « 

ronce

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Quelque chose…

11/12/09

Il y a là, en sourdine, jusqu’à la nuit, quelque chose qui passe, comme le vent dans les

herbes fatiguées des talus. Toute poésie vraie tient du mot de passe.


Philippe Jaccottet

herbes-

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J’écoute la phrase des choses,

dire non aux portes qui s’ouvrent

mais toujours oui aux vieilles granges

et puis s’en aller vers des mondes


qui passeraient inaperçus.


Jean-Claude Pirotte

in  » Passage des ombres « 

grange

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Sous la poussière il retrouve

L’ardoise d’enfance fêlée

Avec les griffures intactes

Proclamant sa détresse d’être

Celui qui toujours demeure

Au seuil du monde déchiffrable

Dans l’attente d’une aveuglante

Révélation ou d’un anéantissement

Rien n’a changé

Tout continue de se refuser

Là derrière


Pierre Silvain

in  » Les Chiens du vent « 

Ardoise_vierge

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Chute de neige

06/12/09

Rien ne va plus.

Page blanche.


Là où il n’est plus de lieu

Je découvre

Mes traces.


Elles me poursuivent.


Werner Dürsson

traces

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Je ne me souviens pas de ma mère pourtant

Je l’ai connue Quatre mois j’ai gardé l’étoile

Qu’elle a cousue sur mon manteau Quatre mois ne

Grandir que la nuit Vivre et que sais-je du temps


C’est long un homme qu’on engouffre dans le cri

D’une voiture J’aurai gardé de mon père

Quelques semaines ce regard Je marchais derrière

Toi qui pleurais à tâtons Quelqu’un vite prit


Ta main De moi ce qu’il advint ne l’oublie pas

Si j’étais quelques fleurs ne serait-ce qu’un peu

D’herbe là Le vent sur ces champs noirs où rien ne

Croît Rien Très lourd comme un silence dans la voix


Bernard Vargaftig

in  » L’aveu même d’être là « 

enfant23

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Burqah

05/12/09

Femmes sous la burqah,

Fantômes bleuissant les rues de leur supplice…


Ariane Dreyfus

in  » Iris, c’est votre bleu « 

burka

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Nomme si tu peux ton ombre, ta peur

et montre-lui le tour de sa tête,

le tour de ton monde et si tu peux

prononce-le, le mot des catastrophes,

si tu oses rompre ce silence

tissé de rires muets, — si tu oses

sans complices casser la boule,

déchirer la trame,

tout seul, tout seul, et plante là tes yeux

et viens aveugle vers la nuit,

viens vers ta mort qui ne te voit pas,

seul si tu oses rompre la nuit

pavée de prunelles mortes,

sans complices si tu oses

seul venir nu vers la mère des morts


dans le cœur de son cœur ta prunelle repose


écoute-la t’appeler : mon enfant,

écoute-la t’appeler par ton nom.


René Daumal

in  » Le Contre-Ciel « 

peur23

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La pluie…

02/12/09

Et la pluie, pluie en peu, s’assombrit, et la pluie, pluie en eux, mangée par le remords, se rabat et se rabat encore, et la pluie, oui, qui est mienne, s’abat le long des cordes internes et des douceurs de la peau, et la pluie glissée pâle, glissant menue ici dans la langue portée en voix. Cette pluie, pluie de peu dit l’incidence du mot, sa fracture, sa transparence, les mensonges qui s’y déversent, d’une stridence inexpliquée. Là, le long de la fenêtre, la pluie brouille les corps en giclées accidentelles, la profonde mesure de l’accident, celle des mots, celle du corps, ce déversement en peu, en son, tout n’est plus que bruit, celui du dedans, y faire attention, le retenir avec précaution. La langue parlote bien vite et l’enrouement s’articule autour d’elle, c’est pourtant elle qui goutte, goutte à goutte, des mots à portée. Dans les plissures de la clarté, derrière ces effilochures glacées, ils s’appliquent à tout recourber. Comme la pluie, comme la pluie. Être dans les courbes de la langue.
Et la pluie, pluie en peu, s’assombrit, et la pluie, pluie en eux, mangée par le remords,

se rabat et se rabat encore, et la pluie, oui, qui est mienne, s’abat le long des cordes

internes et des douceurs de la peau, et la pluie glissée pâle, glissant menue ici dans la

langue portée en voix. Cette pluie, pluie de peu dit l’incidence du mot, sa fracture, sa

transparence, les mensonges qui s’y déversent, d’une stridence inexpliquée. Là, le

long de la fenêtre, la pluie brouille les corps en giclées accidentelles, la profonde

mesure de l’accident, celle des mots, celle du corps, ce déversement en peu, en son,

tout n’est plus que bruit, celui du dedans, y faire attention, le retenir avec précaution.

La langue parlote bien vite et l’enrouement s’articule autour d’elle, c’est pourtant elle

qui goutte, goutte à goutte, des mots à portée. Dans les plissures de la clarté, derrière

ces effilochures glacées, ils s’appliquent à tout recourber. Comme la pluie, comme la

pluie. Être dans les courbes de la langue.

Virginie Poitrasson

pleurs23

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Paradis

01/12/09

Je voudrais m’en aller dans un poème
Pour être comme à côté du corps
De quelqu’un d’autre, un corps
Où la parole ne trahit pas le silence.
Je voudrais m’en aller dans un poème

Pour être comme à côté du corps

De quelqu’un d’autre, un corps

Où la parole ne trahit pas le silence.


James Sacré

in  » Un paradis de poussières « 

gisants


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