Arbre

30/11/10

La déchirante beauté d’un arbre


qui meurt lequel


retient encore un peu ses feuilles


cette grâce distante que seul ce


qu’on abandonne affecte de posséder


ces couleurs implicites qu’ont les choses


quand elles s’achèvent


la vie qui est autour de lui dans le bois


le chant des branches et l’horizon


la vallée,


le spectacle incroyable


antique et nouveau d’un crépuscule.


Mauro Fabi

in  » Le Domaine des morts « 

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Et ainsi quoi d’autre que de rester les bras pendants,


le cœur entassé et ce goût de poussière


que fut fleur ou chemin –


Le vol dépasse l’aile.


Sans humilité, savoir que ce qui reste


a été gagné à l’ombre par œuvre de silence ;


que la branche dans la main, que la larme obscure


sont héritage, l’homme et son histoire,


la lampe qui éclaire.


Julio Cortázar

in  » Crépuscule d’automne « 

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gentianes

25/11/10

A gauche de la piste qui suit en ligne droite le fond de la combe se déploie,

versant ensoleillé sans trace ni ride aucune, une étendue lisse, lumineuse, nue.

Pur espace que jonchent par poignées, délicatement, des tiges de gentianes sèches,

courts traits droits ou obliques, parfois brisés, sortant de la neige, telles les barbes

d’une gravure effacée. On dirait, dans le silence sans pesanteur qui règne,

une broussaille, plutôt un égaillement de sons à peine audibles, parents,

presque égaux, soumis à aucun ordre, qu’on tenterait vainement de rassembler,

résonnant toutefois comme la promesse d’une musique future faite de

tintements, toute proche quoique affaiblie par la distance.


Pierre Chappuis

in  » La Rumeur de toutes choses « 

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Jusqu’au bout, dénouer, même avec des mains nouées.


Philippe Jaccottet

in  » Ce Peu de bruits « 

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Dans la voûte du soir chaque oiseau est un point du souvenir.


Je m’étonne quelquefois que la ferveur du temps


revienne, sans corps revienne, déjà sans but revienne ;


que la beauté, si brève dans son amour violent


nous réserve un écho lorsque la nuit descend.


Julio Cortázar

in  » Crépuscule d’automne « 

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Ciel fermé

20/11/10

Ciel couleur de fumées basses, de cendres qui auraient tout oublié du feu qu’elles furent.

Ciel qui efface le souvenir des saisons plus heureuses. Ciel fermé, porte murée.


Tout ce qui se ternit, ne renvoyant plus la lumière.


Philippe Jaccottet

in  » Ce Peu de bruits « 

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Ma tête


est un arbre


toutes mes paroles


sont les feuilles


que je caresse


et plus je les caresse


plus elles te parlent


Henri Meschonnic

in  » Demain dessus demain dessous  »

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Le paon mort

16/11/10

un paon mort en rêve
la lune éclaire son corps

des cactus envahissent
la chambre sur le toit

vieux oiseaux desséchés
empalés sur piquants

dans leur gorge gémissent
des vents qui appellent

le paon mort se dresse
corps luisant de lucioles

lune pendue à la chaîne
sur une horloge noire

chavire les arbres et
la maison se décompose

un paon mort en rêve
ses yeux s’ouvrent clairs


Joy Goswami

in  » Suryo pora-cha « 

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Granum Sinapis

14/11/10

Deviens tel un enfant,


rends-toi sourd et aveugle !


Tout ton être devenir néant,


dépasse tout être et tout néant !


Laisse le lieu, laisse le temps,


et les images également !


Si tu vas par aucune voie


sur le sentier étroit,


tu parviendras jusqu’à


l’empreinte du désert.


MAITRE ECKHART

in  » Le grain de sénevé « 

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Janus

12/11/10

un visage à la nuque


et tu vois ce qui est


moins rare qu’un ange


Bernard Noël

in  » La Moitié du geste « 

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Guerres

10/11/10

les guerres défilent vers le passé

empilant tertre sur tertre


qui pointent dans le gel


derrière eux les petites maisons

arborent leurs lampes brillantes


pour les êtres qu’elles ont perdus


Joy Goswami

in  » Suryo pora-cha « 

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j’entends des cris


ils viennent du bout du monde


ils tournent comme des enfants


autour de moi


chaque cri est un visage


je me vois en eux


je me multiplie en eux


et leurs cris deviennent


mon visage


je ne me reconnais plus


mais plus je les entends


plus je deviens ce que je suis


Henri Meschonnic

in  » Demain dessus demain dessous « 

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Nuit

05/11/10

……..

S’il existe une consolation


elle se trouve dans l’espace


dans la couleur de l’air


Idée parfaite de la liaison


hors le temps, dans l’étendue


inconcevable d’un champ de particules


Dans la durée


impalpable d’une


mémoire incertaine


Paul Louis Rossi

in  » Visage des nuits « 


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Les cendreux

03/11/10

ce sont eux les cendreux, les éteints


couve la braise dans leur bois

semi-carbonisés enterrés sous les couches de vase


ils fuient depuis des décennies

chaque seconde est centuplée par le passage

c’est mon travail aujourd’hui de sonder leurs lits


les couvrir tendrement


dans des draps de boue

ce sont nos mères nos pères. je dois trouver leurs os


creuser cent trous tombes tranchées, il faut

fouiller des années de chagrin colère cendre et sang


Joy Goswami

in  » Suryo pora-cha « 

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Précipice

02/11/10

Nul ne peut expliquer pourquoi


le dernier arbre au bord du précipice


a cette étrange forme double


qui semble vouloir retenir quelqu’un


de tomber dans la pente invisible


or il n’y a personne


absolument personne


alentour ni à l’horizon


aucun poids non plus pour jouer


le rôle de la chute


c’est dans le même silence


au zénith à midi ou la nuit


échevelé de tremblantes étoiles


que l’arbre est là et qu’il paraît veiller


sur quelqu’un qui ne viendra pas


à qui peut-être on a dit : « prenez garde !


attendant depuis trop longtemps


cet arbre mort ne saurait plus


empêcher son seul fruit de tomber


François Montmaneix

in « Peintures noires »


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L’âme dort

01/11/10

L’âme dort


les organes internes sont


en bonne santé


les cellules brûlent


avec une ardeur soumise


invisible est le paisible


ronronnant enfer


le suave fléau


d’âme rate


cœur boyaux.


Bartolo Cattafi



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