L’autre

13/11/12

De quel lieu me vient ce regard
qui quelquefois monte à mes yeux
quand je les laisse sur un visage
se reposer de la distance ?

C’est comme cette eau de la citerne
qui se dégage de son mystère,
dans sa profondeur sans temps
un ténébreux souvenir tremble.

Métamorphose, rapt double
qui me dévoile un être distinct
derrière cette identité feinte
de mes pupilles hallucinées.


Julio Cortázar

in  » Crépuscule d’automne « 


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Conscience

02/11/12

Chauffer la barre conscience : l’amener à l’impact médullaire et sentir ce qu’elle tord en son intorsion droite.

Patrick Wateau

in « Skléros »


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Le rôle du poète n’est-il pas de donner la vie à ce qui se tait dans l’homme et dans les choses, puis de se perdre au cœur de la Parole ?
Cette parole qu’un peuple d’ombres se transmet d’une rive à l’autre du temps, il semble qu’une seule voix sans fin la porte et la profère.
Elle seule, dépositaire d’un monde de secrets, tire de notre absence une longue mémoire, dessine dans l’espace la figure de l’Homme et prête à nos hasards la forme d’un destin…
Mais peut-être, au-delà d’elle-même, si nous prêtons l’oreille avec plus de ferveur, pourrons-nous percevoir l’écho de ce qui n’a même plus de nom dans aucune langue
Les paroles alors, qu’elles soient transparentes ou opaques, humbles ou chamarrées d’images, ne contiendront pas plus de sens qu’un souffle sans visage qui résonnerait pour lui-même sur les débris d’un temple ou dans un champ superbement désert depuis toujours ignoré des humains.
Ainsi, qu’il laisse un nom ou devienne anonyme, qu’il ajoute un terme au langage ou qu’il s’éteigne dans un soupir, de toute façon le poète disparaît, trahi par son propre murmure et rien ne reste après lui qu’une voix – sans personne.

Jean Tardieu

in  » Une voix sans personne « 

 


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Spires

12/10/12

Isoler le chaman
(l’inchacra de l’orient)
pour entrer dans l’encoche,
et voir,
entre deux spires d’un même enroulement
l’entrée de l’orient suivant

 

Patrick Wateau

in  » Skléros « 


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L’arbre

10/10/12

C’est l’heure où l’on voit l’arbre
comme sur une toile

du moment qu’on regarde
on ne peut se passer de bien
regarder. C’est où passe
l’enchantement sans nom

, où il n’y a rien à faire, de
l’autre côté d’un rouge

l’arbre se charge du monde

Israël Eliraz

in  » et tout cela pour dire ose « 


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Moi, papillon entré
dans la chambre de la vie humaine,
je laisserai le paraphe de ma poussière
sur les fenêtres austères, signature de prisonnier,
sur les vitres sévères du destin.
Si triste et si grise
la tapisserie faite de vie humaine !
J’ai déjà effacé ma lueur bleue d’incendie,
les dentelles de points,
la tempête bleue de mon aile, première fraîcheur,
Le pollen est envolé, les ailes sont fanées et
sont devenues transparentes et rigides,
Je frappe fatigué à la fenêtre de l’homme.
Les nombres éternels frappent de là-bas,
comme la voix du pays natal, le nombre appelle
à revenir aux nombres.

 

Vélimir Khlebnikov

in «   Zanguezi « 


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Gare morte…

04/10/12

Préfecture déchue, gare morte, les rails
Ne se partagent plus entre eux
L’inconnu quotidien

À froid on les abandonna
Sous des ordures d’air

Faux départs jusqu’au jour
Du vide final sur la voie

Sauf le dico qui sait
Que le rail a une âme ?

(ex-terminus)

Marcel Migozzi

in  » Cité aux entrailles sans fruits « 


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Sans feu ni lieu j’arrive
au bout de ce voyage
Ne me demandez rien
je n’ai pas de bagages
Simplement je regarde
tout seul obstinément
du côté de la mer
où s’est close l’étoile
Ni barque ni rivage
Les feux sont presque éteints
Quelques lueurs encore
d’enfance ici et là
Mais plus de fiançailles
Le point se fait petit
La porte se referme
L’oiseau du dernier vol
dans l’espace d’automne
s’éloigne sans un cri

Georges Haldas

in  » Un grain de blé dans l’eau profonde « 


 

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Le Livre unique

01/10/12

J’ai vu les noirs Védas

Le Coran, l’Évangile,

Les livres des Mongols

Dans leur gaine de soie,

Où se mêlent la poussière des steppes

Et l’odeur forte du crottin,

Faire un bûcher

Comme les Kalmouks à l’aube,

Et s’y étendre –

De blanches veuves disparurent dans un nuage de fumée,

Pour hâter la venue

Du livre Unique,

Dont les pages sont de grandes mers,

Frémissant de leurs ailes de papillons bleus…

 

Vélimir Khlebnikov

in  » La création verbale « 

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Aimer

Être une pierre

Et que ça dure.

 

Et n’avoir rien à faire

Que ce que font les pierres

 

 

Guillevic

in « Quinze Galets »

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Buée

28/09/12

On a tué la parole sur la place

on l’a recouverte d’un silence

long comme le temps

puis on s’est accoudé

à une fenêtre du passé

en essuyant un simple prénom

sur la glace de l’oubli

on a surveillé l’impénétrable

et parfait destin

demeuré évasif

ne reste qu’un vertige embué

d’où émergent d’inavouables instants

multicolores

répandus sur le feu de l’âme

en sursis

 

Huguette Bertrand

in  » ENTRE LA CHAIR ET L’ÂME « 


 

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Dong

22/09/12

L’homme est quiet (jing) de naissance : c’est la nature qu’il tient du Ciel.

Sous l’influence des choses, le mouvement (dong) se produit en lui ;

c’est là une détérioration de sa nature. Son esprit répond aux choses qui se présentent,

et ainsi sa connaissance entre en mouvement. Celle-ci le met au contact avec les choses,

et ainsi naissent en lui l’amour et la haine, qui font prendre corps aux choses;

et la connaissance, attirée vers l’extérieur, ne peut plus revenir à elle-même.

C’est ainsi qu’est détruit en lui l’ordre céleste (tianli).

Ceux qui sont initiés au Tao n’échangent pas le Céleste contre l’Humain.

 

in  » Huainanzi « 

 

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Le lac

21/09/12

Une ville n’est plus et miroir du passé

Sur ses débris éteints s’étend un lac glacé.

 

Victor Hugo

in  » Les Orientales « 

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L’allée bleue

20/09/12

Quand les gens passent la nuit dans l’allée bleue – la nuit d’hiver. Les branches bougent contre les murs, contre la haie qui se retranche – la barrière enchantée dans le gris plus épais – le trou vivant des ombres.

Si les lumières courent, si elles naissent et meurent, tout ce qui est devant s’anime et les yeux sont meurtris. Tous ce qui pèse sur cet espace étroit où s’accoude la nuit.

 

Pierre Reverdy


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Toute pensée a des ailes de songe.

Et on soutient que la pensée est mortelle. Les ailes de songe sont-elles des ailes de cendre ?

Mais les mots chargés d’une pensée continuent à porter l’hypothèque de l’imagination ; et même s’ils subissent des transformations purement verbales, purement poétiques ; ils soulèvent des voiles dans notre esprit. La beauté des mots réside dans leurs changements dont nul ne se produit que nous ne lui fournissions une âme.

[...]

Or, tout le temps que ma méditation se poursuit, j’entends en moi la rumeur du style que je veux créer. La clarté de la pensée y fera plus chantante la vibration du mot et lui donnera tant de profondeur qu’on le verra revêtir les propriétés d’un miroir.

Puisque la pensée se reflète dans le miroir du langage….

 

Joë Bousquet

in  » Mystique « 

 

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La Rose

18/09/12

La beauté de la rose tient à l’obscur savoir enfoui qu’elle a de sa mort à venir. Savoir qui est son être même, dont la croissance va au flétrissement final.

La mort qui la travaille dans son éclosion même est sa beauté.

 

Roger Munier

in  » L’aube « 


 

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Le livre unique

17/09/12

Je suis celui aux cheveux de fleuve…

Regardez ! Le Danube me coule sur les épaules

Et, comme un tourbillon volontaire, le Dniepr

Bleuit de tous ses rapides.

La Volga s’est jetée sur mes mains,

Elle tient un peigne à la main, une muraille montagneuse,

Et coiffe sa chevelure –

Et ce long cheveu

Que je prends entre mes doigts

C’est l’Amour, où la Japonaise prie le ciel

Les mains jointes au moment de l’orage

 

Vélimir Khlebnikov

in  » La création verbale « 

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Le réveil

14/09/12

C’est la clarté, je monte lourdement,

De mes rêves vers le rêve habituel

Et les choses retrouvent, rituel,

Leur espace attendu, lorsque au présent

Converge, immense, accablant, le nuage

Du passé : les siècles de migrations

De l’oiseau et de l’homme, les légions

Détruites par l’épée, Rome et Carthage.

Revient aussi la quotidienne histoire :

Ma voix, mon visage, ma peur, mon sort.

Si cet autre réveil, qui est la mort,

Pouvait m’apporter un temps sans mémoire

De mon nom, de tout ce qui fut ma vie !

Si ce matin pouvait être l’oubli !

 

Jorge Luis Borges

in «   La Proximité de la mer « 

 


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Le moment …

12/09/12

Le passé n’est pas plus moi que la traînée de queue lumineuse n’est la comète.

Il faut s’occuper du moment et, s’il y a du sillage ou une illusion, ce sera

pour ceux qui regarderont encore quand, nous, nous serons déjà loin.

 

Pierre Reverdy


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Beppo

09/02/12

Le chat célibataire se regarde,
blanc, sur la face claire du miroir
et ne peut savoir que cette blancheur
et ces yeux d’or qu’il n’a jamais vus
dans la maison, sont bien sa propre image.
Qui lui dira que l’autre qui l’observe
est à peine un rêve de ce miroir ?
Je me dis que ces deux chats harmonieux,
celui de verre et celui de sang chaud,
sont des simulacres que prête au temps
un éternel archétype. Plotin,
cette ombre, l’écrit, dans les Ennéades.
De quel Adam avant le paradis,
de quelle divinité insondable
sommes-nous, les hommes, un miroir brisé ?

 

Jorge Luis Borges

in  » La Proximité de la mer « 

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Nuit ou neige

02/01/12


Nuit de neige
Silence qui se dépose
En lourd manteau
De nuit, de neige

Lent, si lent silence
Qu’il retarde le temps
Cil en se posant
Sur les paupières closes
Les yeux même se taisent

Immobile le corps écoute
Les secondes muettes
Mots étouffant les sons
Sons effaçant les mots
Dans le puits du silence

Silence qui s’accueille
Pour qu’en lui se recueille
L’écho lointain des mots
Des sanglots et des rires
Absence où le présent prend sens
Présence silencieuse de l’Absent

Françoise Brian

 

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……………………….

T remblant dans leur lit

E xistent les ruisseaux,

M auves. Et les passereaux,

P issenlits de l’azur,

S’abreuvent à la fenêtre de ton cœur arc-en-ciel.

 

 

Johan Géma

« Le monde d’un chat – Comptoir de poèmes »


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Intorsion

17/11/11

Chauffer la barre conscience : l’amener à l’impact médullaire et sentir ce qu’elle tord en son intorsion droite.

 

Patrick Wateau

Skléros

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Zanguezi

01/11/11

moi, papillon entré
dans la chambre de la vie humaine,
je laisserai le paraphe de ma poussière
sur les fenêtres austères, signature de prisonnier,
sur les vitres sévères du destin.
Si triste et si grise
la tapisserie faite de vie humaine !
J’ai déjà effacé ma lueur bleue d’incendie,
les dentelles de points,
la tempête bleue de mon aile, première fraîcheur,
Le pollen est envolé, les ailes sont fanées et
sont devenues transparentes et rigides,
Je frappe fatigué à la fenêtre de l’homme.
Les nombres éternels frappent de là-bas,
comme la voix du pays natal, le nombre appelle
à revenir aux nombres…

 

Vélimir Khlebnikov

in  » La Création verbale « 

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L’encoche

29/10/11

Isoler le chaman
(l’inchacra de l’orient)
pour entrer dans l’encoche,
et voir,
entre deux spires d’un même enroulement
l’entrée de l’orient suivant


Patrick Wateau

in  » Skléros « 

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……………..

murmurant « ciel » vous me trouverez ! –

/ ô achèvements ! depuis longtemps je m’apaise en douleur
parmi les passages
des vents et floraisons ! pourtant
de l’immuabilité la finesse
par moi – et plus que moi : –

mais en attendant – commence
le « ah »-continuation – des tréfonds

/ têtes – chants ô têtes – éclairs chers ! /

/ murs – comme tréfonds autres
pour le vent et la lumière s’imprégnant / –

la lumière pousse de l’avant mienne – parmi les lumières – autres.

 

Guennadi Aïgui

in  » Sommeil  »

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Calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscur
Que ce granit du moins montre à jamais sa borne
Aux noirs vols du Blasphème épars dans le futur.


Stéphane Mallarmé

in  » Le tombeau d’Edgar Poe « 


 

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Plaine hongroise

28/09/11

………………

nous, nation cueilleuse de mauvaises herbes,
la mort nous vient pieds nus et toute ravaudée !

Allons, poète! Ta lune est morte;
ton ombilic est une corde;
tu claques des doigts, la ville est incendiée,
ta plume sans toucher d’allumette, se met à fumer.

Ô vous qui avez les nues pour ramée,
Petits sureaux déguenillés –
sur la grand’route voyez filer
l’exil muet des peupliers!

 

Attila József

in  » Ni père, ni mère « 

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Lac

21/09/11

Ces villes ne sont plus ; et, miroir du passé,
Sur leurs débris éteints s’étend un lac glacé,

 

Victor Hugo

in  » Les Orientales « 

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est-ce Ulysse qui passe ? où ?
Là, le damné, vers la terre
promise, le connard, un vieux
de rien. Il se gratte à l’au-delà
du feu

qui est debout face à l’arbre ?
Une sagesse s’accumule entre eux,
quelques mots, un nom, un silence

l’exigence des courbes retrouvant
l’énigme du fruit

dans le lointain les voix des
prières perdues, oubliées

 

Israël Eliraz

in  » et tout cela pour dire ose « 

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