ô impatience du voyage

tu cherches une couleur, une brume, un regard

où tu liras peut-être ce qui te pousse sur ces chemins,

ce visage peut-être un jour qui t’a souri dans une gare

a emporté dans la bousculade la fumée

ce qu’il savait du labour odorant

où tu allais sans but lisible un soir

dans la lumière dorée des maisons

d’argile et de paille, de vents peut-être

et l’eau d’une mare où une femme

se penchait pour puiser, drapée de noir,

figure de la nuit brodée de rouge et de jaune,

les flots boueux de l’Euphrate du fond

des millénaires venus, le grand scarabée noir

marchant seul entre les colonnes de Palmyre,

l’homme qui cherchait un coin de calme

et un peu plus d’air pour mourir en paix

au désert de tant de savoir abstrait

et le vacarme des machines à respirer

ô impatience du voyage sans rives qui croît

inexorable dans nos entrailles

solitude éternelle, voyage immobile

sans mémoire


Lorand Gaspar

in  » Derrière le dos de Dieu « 

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Cosmologie

28/09/10

La déesse Lakshmi

aime faire l’amour avec Vishnou

à cheval sur lui

baissant les yeux elle aperçoit

dans le creux de son nombril

un lotus

et sur celui-ci le dieu Brahma

mais peu encline à s’interrompre

elle pose la main

sur l’oeil droit de Vishnou

qui est le soleil

: la nuit survient

et le lotus se referme

avec Brahma à l’intérieur.


Inde – Sanscrit

in  » Les Techniciens du Sacré « 

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Je ne sais en quels temps c’était, je confonds toujours l’enfance et l’Eden

Comme je mêle la Mort et la Vie – un pont de douceur les relie…


Léopold Sédar Senghor

in  » Ethiopiques « 

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Quand je serai le cheval de pierre

debout devant l’éternité

je demanderai aux divinités des plantes

le manteau de pluies indispensable aux voyageurs éternels


Benjamin Péret

in  » Le grand jeu « 


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l’entre…

21/09/10

On ne peut écrire qu’en perdant

le corps de ce que l’on nomme.


Jean-Louis Giovannoni

in  » Pas japonais  »

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Tu es vain
si tu penses qu’il est de ton fait de penser ce qui ne se pense pas
de penser pour ce qui ne se réfléchit pas
de croire à ce qui ne croit pas
Laisse chaque chose là où elle se trouve
et dans l’état où elle se trouve accepte-la
Occupe-toi d’être sève quand c’est la sève qui monte en toi
se répand dans tes membres et t’irrigue
Occupe-toi d’être matière inerte quand la poussière
se dépose en toi et te met au repos
Le vent t’emmène au loin ? laisse-le t’emporter
L’eau du lac t’engloutit ? accueille-la
Le gouffre t’appelle à lui ? pénètre-le
Laisse ta pensée s’adonner à la seule pensée
Permets à tes membres d’être seulement
et complètement des membres
à tes pieds d’être des pieds
à la tête d’être une tête
Ne marche pas dans les traces
Ne te retourne jamais sur les tiennes
Ne cherche pas à savoir si tes pas en ont laissées
Si tu avances avance
Si tu veux t’arrêter eh bien arrête-toi
Mais ne fais pas l’un en voulant l’autre
C’est l’univers et le temps qui en seraient contrariés


Ana Tot

in  » Traités et Vanités « 




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La nuit est vieille et attend sous le porche,

tandis

que le blanc s’habille, jaillit et convertit

la lésine de l’ombre

en ducats rieurs.

Les flocons sont jeunes et se moquent

d’être sans feu ni lieu.

Pendant un instant,

leur candeur dépareillée

va faire de Noël une ville fortifiée.


François Jacqmin

in  » Le livre de la neige « 

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La césure

08/09/10

L’interruption du langage, le suspens du langage, la césure (la ?suspension

anti-rythmique? disait Hölderlin), c’est donc cela, la poésie : ?le souffle et la parole

coupés?, le ?tournant? du souffle, le ?tournant à la fin de l’inspiration.? La poésie

advient là où cède, contre toute attente, le langage. Très exactement au défaut de

l’inspiration, et cela peut s’entendre de deux manières au moins ; ou, plus

exactement encore, à la retenue de l’expiration, du souffle : quand ça va continuer

de parler (de discourir) et que quelqu’un, soudain libre, interdit ce qui allait se

dire. Quand une parole advient, dans le pur suspens du parler. La poésie est le

spasme ou la syncope du langage1. Hölderlin nommait la césure : la ?pure parole?


Philippe Lacoue Labarthe

in  » La Poésie comme expérience « 

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Côtoiement…

07/09/10

………….

La plante vive côtoie la feuille sèche


sans que leurs destins se mêlent


Chacune est belle et bonne à sa manière


Chacune est un temps un moment un être


Ta vie est faite ainsi alternativement


de sève et de poussière


ne va pas humidifier la poussière sous


prétexte qu’elle se disloque


Le temps de la dislocation viendra


et ce temps est aussi bon qu’un autre s’il se correspond


………….

Ana Tot

in  » Traités et Vanités « 

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Trois cailloux dans ma poche, ramassés près de la mer

deux noirs, un ocre jaune, plats et lisses, très lisses

je pense en les touchant au chemin et au temps parcourus

je pense en les touchant au désir d’aller dans l’inconnu

à la force interne qui soude leurs particules, à celle

des vents, des sables et des eaux

dont le jeu me permet je ne sais pourquoi,

de toucher quelque chose comme

un dur noyau d’être dans l’ouvert –


Lorand Gaspar

in  » Derrière le dos de Dieu « 

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Éveiller celui qui dort

est un acte ordinaire et quotidien

qui pourrait nous faire frémir.

Éveiller celui qui dort,

c’est imposer à l’autre

l’interminable prison de l’univers,

de son temps sans déclin ni aurore,

lui révéler qu’il est quelqu’un ou quelque chose,

soumis au nom qui le dévoile

et à l’amoncellement des hiers.

C’est enfreindre son éternité.

C’est l’accabler de siècles et d’étoiles.

C’est rendre au temps un autre Lazare

chargé de souvenirs.

C’est faire injure à l’eau du Léthé.


Jorge Luis Borges

in  » Les Conjurés « 

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Puisque le silence allie la précaution

à la tristesse,

puisque

ce que l’on pense ne doit pas être pensé,

pourquoi s’adonner encore

à l’art des mots ?

Si la neige avait attendu

la parole,

il lui aurait fallu une éternité de plus

pour amener la blancheur au flocon.


François Jacqmin

in  » Le livre de la neige « 

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