Printemps

30/01/10

Rouges camélias

les mots flottent ce sont des fleurs

têtes coupées qu’on voit passer dans le courant

ce sont des fleurs

sur les marches de pierre

dans le printemps à Shishigatani


discipline des mots

pétales de l’être


ou


déréliction


Pavie Zygas

in  » berceau de branches vide  « 

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il faudrait


avaler sans les digérer


les moments de temps


qui frisent l’éternité


et dans le jour blafard du lendemain


se dire que le temps du tableau


est toujours mêlé


que tout reste à faire


que tout est à recommencer.


Catherine Weinzaepflen

in  » Le temps du tableau « 

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Le point

27/01/10

Je m’arrête : il y a un point à ma promenade comme à une phrase que l’on a finie.

C’est le titre d’une tombe à mes pieds, à ce détour où le chemin descend. De là je

prends ma dernière vue de la terre, j’envisage le pays des morts. Avec ses bouquets

de pins et d’oliviers, il se disperse et s’épand au milieu des profondes moissons qui

l’entourent. Tout est consommé dans la plénitude. Cérès a embrassé Proserpine.

Tout étouffe l’issue, tout trace la limite. Je retrouve, droit au pied, des monts

immuables, la grande raie du fleuve ; je constate notre frontière ; j’endure ceci.

Mon absence est configurée par cette île bondée de morts et dévorée de moissons.

Seul debout parmi le peuple enterré et mes pieds entre les noms proférés par

l’herbe, je guette cette ouverture de la Terre où le vent doux, comme un chien

sans voix, continue depuis deux jours d’entrer l’énorme nuage qu’il a détaché

derrière moi des Eaux. C’est fini ; le jour est bien fini ; il n’y a plus qu’à se retourner

et à remesurer le chemin qui me rattache à la maison. À cette halte où s’arrêtent

les porteurs de bières et de baquets, je regarde longuement derrière moi la route

jaune qui va des vivants chez les morts et que termine, comme un feu qui brûle

mal, un point rouge dans le ciel bouché.


Paul Claudel


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Sur le sable…

26/01/10

Je voudrais pénétrer dans les profonds reflets,


pénétrer dans la lumière de ces grands miroirs


que la mer forme dans les sables de ses rivages,


et de leurs profondeurs horizontales, loin,


mourir, vivre à peine.

Silvina Ocampo

in  » Poèmes d’amour désespéré « 

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Soleil

24/01/10

………………

De l’aube bâillonnée un seul cri veut jaillir,


Un soleil tournoyant ruisselle sous l’écorce.


Il ira se fixer sur tes paupières closes.


Ô douce, quand tu dors, la nuit se mêle au jour.


Paul Éluard

in  » Capitale de la douleur « 

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L’être

23/01/10

un tourbillon se forma au centre de la goutte,

et en lui l’être tomba et disparut.


Elle l’appela être, mais c’était un cactus absent des représentations des hommes.

Être, cependant, charnu et replet que, intérieurement, elle surnomma délire.

Délire faisait tourner la manivelle de la machine du dictionnaire, et ce qui

explosait en couleur verbale sur l’écran,

de la projection d’une branche de langage,

indescriptiblement,

soufflait et existait.


Maria Gabriela Llansol

in  » Ami et Amie « 

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Un loup

21/01/10

Le jour m’étonne et la nuit me fait peur

L’été me hante et l’hiver me poursuit


Un animal sur la neige a posé

Ses pattes sur le sable ou dans la boue

Ses pattes venues de plus loin que mes pas

Sur une piste où la mort

A les empreintes de la vie.


Paul Éluard

in  » Dignes de vivre « 

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…N’être enfin que parole

toute vie toute mort dévorée flammes forces

confondues force d’un seul secret seule flamme

un chant s’élève

en lui jusqu’au silence rutilant

se tendre disparaître

est-ce périr

mais l’oiseau qu’annonce-t-il arc-en-ciel son vol paisible

il veille au seuil nouveau…


Pierre Dhainaut


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Râle

19/01/10

Au devant de la vie froissée

à froid du fleuve

noir

du Voile épris

en veilleur de nuit

de près la bouche

tu vagabondes


–Le râle

à bout de vent

comme un souffle de faux plis


Laurine Rousselet

in  » El respir  « 

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Le feu

18/01/10

Le feu


le bégaiement


ultime


de


la


mort


Joseph Julien Guglielmi

in  » Le Pyromène « 


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Filaos

17/01/10

Molle rive dont le dessin


Est d’un bras qui se plie,


Colline de brume embellie


Comme se voile un sein,


Filaos au chantant ramage –


Que je meure et, demain,


Vous ne serez plus, si ma main


N’a fixé votre image.


Paul-Jean Toulet

in  » Trois contrerimes et un dixain « 

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L’inatteignable, tel est le visage.


Et comme l’horizon, il brille


presque dénué de sens


nu, premier, natal .


Alain Suied

in  » L’Éveillée « 

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Visages

14/01/10

Visages

nés

pour trouer l’obscur


recours de la lumière

en quête d’elle-même


visages trop lisses

dans la cage d’os

tourne

une meute inapaisée


retourner le temps

libérer

la fougère fossile

lovée sous mon cortex


Françoise Ascal

in «   Si seulement  »

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Pluie …(suite)

13/01/10

Pluie.


C’est une douceur chuchotée qui contient une langue acharnée de millénaires.

Obscure bouche fendue par un rêve sans âge. Qui sait où s’arrache le futur de

toutes respirations… qui sait avec quelles imprévisibles images le cœur est lié au

vivant… Ce qui trame les yeux…


Il y a un chant, un parfum, un visage & la main qui, ailleurs, lisse une tombe

muette.


Claude Chambard

in  » le chemin vers la cabane « 

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Pluie

12/01/10

C’est les doigts dans la bouche, le jour, la venue du bleu. Scansion des couleurs

supposées. Le voyage ne sera pas. Il prépare & jette bas. Le dehors n’a jamais été si

clair. La terre se fond dans la rumeur du paysage, là où ça commence, là où la voix

se délabre. Fragments d’un sol tapissé de larmes, quelque chose d’infime trouble

les racines.


La respiration est un aveu


Claude Chambard

in  » le chemin vers la cabane « 

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Qu’est-ce que c’est ?

Nous ne le savons pas. Nous voulons

comprendre. Nous bâtissons

à mains nues, la blessure

qui nous sert de seuil.

Dans la chair, cela entre

cela devient nous, cela parle.

Parole :

voilà, peut-être, ce que c’est

– une parole, un souffle, un cri


– ô pur instant sans lieu et sans espace –

vibrant sur les fondations de la blessure

sans chair de la Disparition.



Alain Suied

in  » Laisser partir « 

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Repos

10/01/10

Las à mourir, nous reposons sous l’arche d’un sureau,


Les yeux au vol des mouettes grises.


Georg Trakl

in  » Vingt-quatre poèmes « 

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La conque

08/01/10

Brefs moments de bonheur


Quand j’oubliais d’être moi


et que je n’étais plus que la conque


où vient souffler l’Océan noir…


Max Rouquette

in  » Revue  Europe n°950-951 « 

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La parole

07/01/10

Dans la gorge, la parole attend son heure, attend sa nuit…


Stefanu Cesari

in  » Forme animale, A lingua lla bestia « 

parole123

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Poème

05/01/10

Poème : ni âme, ni corps ; ni matière, ni esprit ; ni délivré de toute contingence ni

assujetti irrémédiablement à l’ici-bas ; ni pur sens, ni pur bruit de paroles ; à la fois fol

oubli et mémoire fidèle de notre condition terrestre ; et cela également, les deux

ensemble, montant et descendant toujours l’échelle de Jacob, contemplation et

procession, regard céleste sur le monde d’en bas et aspiration de l’être captif vers la

nuée céleste : ange, messager qui délivre la parole et la captive en même temps.


Jean-Yves Masson

in « La poésie, c’est autre chose »

angehomme

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La cendre mouillée des feux anciens, trouée par les doigts de la pluie. Le feu, dieu de

toujours, y règne encore. Venu de haut. Parmi les mondes. Et pour mémoire. Et nous

ne pouvons pas l’oublier.


Etincelle d’astre à la fin du monde. Pour se souvenir. Là-haut des regards brillants

pour nous suivre… Peut-être…


Max Rouquette

in  » Poèmas de pròsa, Poèmes en prose « 

salamandre123

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Bachoura

03/01/10

Bas du quartier Secteur Bachoura derrière un mur de parpaings roses


Tu rentres parmi l’herbe, de la pierre blanche mise là, reste d’un ciment.


Fenêtres défaites, le petit toit de tuile aussi,


De plusieurs vieilles maisons, perdues parmi des immeubles pas si anciens, certains

dressent de hautes formes étroites, béton ; et le vert d’un seul palmier se perd dans

tout ce gris.


D’autres arbres, un eucalyptus, des branchages encore nus, on ne distingue pas si

bien


Le détruit de ce qui se construit.


James Sacré

in  » Une idée de jardin à Beyrouth « 

bachoura

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Je n’ai pas de forêts


pour changer d’oxygène


ni de mers où glisser


le corps de l’enfance.


Patricia Grare

in  » la mêlée « 

corpsenf

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