Arbres

27/02/07

Écoute-les croître. Permets au silence

de leur livrer passage comme à une prophétie :

N?aie crainte, nous existons et pouvons nous hausser

de la terre à la lumière. Laisse-nous être et entends : toi aussi tu es sonore,

cymbale qui retentit, bronze qui résonne, oui,

mais une forme détachée de l?amour et du don.

Tout ne contient-il pas le fil d?un projet

cherchant réalité ? Les choses ne s?accomplissent-elles pas

grâce au ferment qui les rend possibles ?



Amparo Amorós

in " Arbres en la musique "



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In/out

26/02/07

…ce qui se cache dans le pain est

un pain qui ne cesse d?être

?c?e de santo tra le mani?.



Sers-toi du mot pain

tel qu?il était auparavant, vierge

et enfantin comme le Parthénon.



Que reste-t-il ?



Être oiseau couleur de vigne,

rien d?autre.



Un signe me précède et révèle

l?effondrement de la matière.



?N?être rien qu?un éveil?,



dit Valente au seuil

de son départ.



Israël Eliraz

Abeilles/Obstacles



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La Face

24/02/07

Les choses rêvées n’ont que ce côté-ci? On ne peut voir l’autre côté.On ne peut pas tourner autour? L’ennui, avec les choses de la vie, c’est qu’on peut aller les regarder de tous les côtés. Les choses rêvées n’ont que ce côté-ci que nous puissions voir?

Elles n’ont qu’une seule face, comme nos âmes.



Fernando Pessoa

In " Le livre de l’intranquillité"





BACON

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Sarah

22/02/07

Sarah lisait la Bible

sans y chercher un Dieu.



Côté : Ils ont planté une porte, grande ouverte sur les vents, en plein dans une savane de roche. Et ils s’y rassemblent pour fumer des vessies de requin desséchées au soleil.



Sarah parlait aux vents.



Côté : Les femmes, certains soirs, se mettent à murmurer, juste pour souligner l’immense silence des hommes. Elles possèdent le mystère du murmure.



Sarah parlait aux vents.



Côté : L’autel reste vide. Pas un ne le regarde. Sauf quand un de ces oiseaux qu’ils refusent de nommer, vient s’y protéger d’un coup de vent, ou d’une pluie phosphorescente dégringolée du Nord.



Sarah voyait toutes choses

avec exaltation.



Côté : Ils apprennent aux enfants le sens de la marche. On ne marche pas pour se déplacer, aller, explorer, conquérir: on marche pour s’installer en soi, et pour approfondir.



Sarah allait sans cesse et allait loin

en une libre fixité…



Patrick Chamoiseau

in "Biblique des derniers gestes"



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Cri

21/02/07

«Cri au monde poussé du plus haut morne et que le monde n?entendit, submergé là en vague douceâtre où la mer englue l?homme ; ? Et c?est à cette absence ce silence et ce rentrement que je noue dans la gorge mon langage, qui ainsi débute par un manque : Et mon langage, raide et obscur ou vivant ou crispé, est ce manque d?abord, ensuite volonté de muer le cri en parole devant la mer.»



Edouard Glissant

in " L’Intention Poétique "

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e//v

20/02/07

Entre la table et le vide

Il y a une ligne qui est la table et le vide

Où peut à peine cheminer le poème



Robert Juarroz



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Le Rien

19/02/07

La véritable connaissance, c’est de savoir chaque jour que l’on n’apprendra, en fin de compte, rien; car le Rien est aussi connaissance étant l’envers du Tout, comme l’air est l’envers de l’aile.



Edmond Jabès

in "Le livre des questions"



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Dormante

18/02/07

Et la chanson de l’eau

Reste chose éternelle…

Toute chanson

est une eau dormante

de l’amour.

Tout astre brillant

une eau dormante

du temps.

Un noeud

du temps.

Et tout soupir

une eau dormante

du cri.





Federico Garcia Lorca



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Sensation

16/02/07

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :

Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.



Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :

Mais l’amour infini me montera dans l’âme,

Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la nature, heureux comme avec une femme.



Arthur Rimbaud





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Les occultistes seraient assurément peu disposés à admettre que cette « magie cérémonielle », la seule qu’ils connaissent et qu’ils essaient de pratiquer, n’est qu’une magie dégénérée, et pourtant c’est ainsi; et même, sans vouloir aucunement l’assimiler à la sorcellerie, nous pourrions dire qu’elle est encore plus dégénérée que celle-ci à certains égards, quoique d’une autre façon. Expliquons-nous plus nettement là-dessus: le sorcier accomplit certains rites et prononce certaines formules, généralement sans en comprendre le sens, mais en se contentant de répéter aussi exactement que possible ce qui lui a été enseigné par ceux qui les lui ont transmis…

Et ces rites et ces formules, qui ne sont le plus souvent que des restes plus ou moins défigurés de choses très anciennes, et qui ne s’accompagnent certes d’aucune cérémonie, n’en ont pas moins, dans bien des cas, une efficacité certaine…

Par contre, l’occultiste qui fait de la « magie cérémonielle » n’en obtient généralement aucun résultat sérieux, quelque soin qu’il apporte à se conformer à une multitude de prescriptions minutieuses et compliquées, que d’ailleurs il n’a apprises que par l’étude des livres, et non point par le fait d’une transmission quelconque; il se peut qu’il arrive parfois à s’illusionner, mais c’est là une tout autre affaire; et l’on pourrait dire qu’il y a, entre les pratiques du sorcier et les siennes, la même différence qu’entre une chose vivante, fût-elle dans un état de décrépitude, et une chose morte….

René Guénon

in « Aperçus sur l’initiation »

Le sorcier de la grotte des Trois Frères

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O nuit ! ô rafraichissantes ténèbres ! vous êtes pour moi le signal d’une fête intérieure, vous êtes la délivrance d’une angoisse ! Dans la solitude des plaines, dans les labyrinthes pierreux d’une capitale, scintillement des étoiles, explosion des lanternes, vous êtes le feu d’artifice de la déesse Liberté !

Crépuscule, comme vous êtes doux et tendre ! Les lueurs roses qui trainent encore à l’horizon comme l’agonie du jour sous l’oppression victorieuse de sa nuit, les feux des candélabres qui font des taches d’un rouge opaque sur les dernières gloires du couchant, les lourdes draperies qu’une main invisible attire des profondeurs de l’Orient, imitent tous les sentiments compliqués qui luttent dans le coeur de l’homme aux heures solennelles de la vie.

On dirait encore une de ces robes étranges de danseuses, où une gaze transparente et sombre laisse entrevoir les splendeurs amorties d’une jupe éclatante, comme sous le noir présent transperce le délicieux passé; et les étoiles vacillantes d’or et d’argent, dont elle est semée, représentent ces feux de la fantaisie qui ne s’allument bien que sous le deuil profond de la Nuit.



Baudelaire



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Il y a fort longtemps, j’ai vu, dans un catalogue d’attrapes pour noces et banquets: "Objet difficile à ramasser". J’ignore quel est cet objet et comment il se présente, mais j’aime qu’il existe et rêver dessus.

Une oeuvre doit être un "objet difficile à ramasser". Elle doit se défendre contre les attouchements vulgaires, les tripotages qui la ternissent et qui la déforment. Il faut ne pas savoir par quel bout la prendre, ce qui gêne les critiques, les agace, les pousse à l’insulte, mais préserve sa fraîcheur. Moins elle est comprise, moins vite elle ouvre ses pétales et moins vite elle se fane. Une oeuvre doit prendre contact, fût-ce par malentendu, et cacher ses richesses qui se livreront peu à peu et à la longue. Une oeuvre qui ne garde pas de secret et se donne trop vite, risque fort de s’éteindre et de ne laisser d’elle qu’une tige morte….





Jean Cocteau



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1° La censure est l’art de découvrir dans les oeuvres littéraires ou dramatiques, les intentions malveillantes;

2° L’idéal est d’y découvrir les intentions, même quand l’écrivain ne les a pas eues;

3° Un censeur capable doit à première vue, déterrer dans le mot "ophicléide" une injure à la morale publique;

4° La devise du censeur est "coupons, coupons, il en restera toujours trop";

5° Le censeur doit être persuadé que chaque mot d’un ouvrage contient une allusion perfide. Quand il parviendra à découvrir l’allusion, il coupera la phrase. Quand il ne la découvrira pas, il la coupera aussi, attendu que les allusions les mieux dissimulées sont les plus dangereuses…




André Gill

(Créateur du personnage d’Anastasie)

in " Journal satirique "L’Eclipse" – 19 juillet 1874



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Lumière

09/02/07

Je me suis occupé hier soir d’un terrain boisé un peu en pente couvert de feuilles de hêtres vermoulues et sèches. Le sol était d’un rouge-brun tantôt plus clair et tantôt plus sombre, à cause, plus encore, des ombres portées des arbres qui y jetaient des lignes, tantôt plus faibles, tantôt plus fortes, à moitié effacées.

Il s’agissait, et j’ai constaté que c’était fort difficile, d’obtenir la profondeur du coloris, l’énorme force et la fermeté de ce terrain, et pourtant ce n’est qu’en peignant que je me suis rendu seulement compte combien il y avait encore de clarté dans cette obscurité. Il s’agit de conserver la clarté, et de conserver en même temps l’ardeur et la profondeur de cette teinte riche.

Car on ne peut imaginer un tapis aussi admirable, que ce rouge-brun profond dans l’ardeur d’un soleil de crépuscule d’automne tempéré par les branches.

De ce sol surgissent de jeunes hêtres, qui prennent de la lumière d’un côté, y sont d’un vert étincelant, et le côté ombré de ces troncs est d’un vert noir chaud et puissant.

Derrière ces petits troncs, derrière ce sol brun-rouge il y a un ciel, très fin, bleu-gris, chaud, presque pas bleu, étincelant. Et en-dessous il y a un bord nébuleux de verdure et une résille de petits troncs et de fleurs jaunâtres. Quelques figures de chercheurs de bois y errent comme des masses sombres d’ombres mystérieuses…

Je te décris la nature…

J’ai bien eu de la peine à la peindre…

J’ai été frappé de voir combien ces petits troncs tiennent solidement dans le sol. Je les ai commencés au pinceau, mais à cause du sol déjà empâté – un coup de pinceau fondait comme rien, c’est alors que, pinçant le tube, j’en ai fait sortir les racines et les troncs – et je les ai quelque peu remodelés avec le pinceau…

Dans un certain sens, je suis content de ne pas avoir appris à peindre. Peut-être que j’aurais appris à laisser passer inaperçus des effets de ce genre…

Je ne sais moi-même comment je le peins…

mais pourtant je vois dans mon oeuvre un écho de ce qui m’a frappé, je vois que la nature m’a raconté quelque chose, m’a parlé, et que je l’ai noté en sténographie…




Vincent Van Gogh

in " Lettres de Vincent Van Gogh à son frère Théo "



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La rose de Redon

07/02/07

En contemplant chaque toile de Maître Odilon, je voyais bien que cette rose était ardente comme l’été, piquante comme l’amour, docile comme un baiser… Mais, dis-je, il y avait encore un charme impossible à saisir, une interrogation formulée d’elle-même à ces couleurs si simplement, si enfantinement, si crûment posées que c’était de leur seule juxtaposition que naissait la subtilité, l’adresse et l’innombrable nuance.

Oui… Mais cette réponse ?

Ah ! sans doute était-elle le secret de Maître Odilon Redon. Et lui ne semblait pas s’apercevoir de mon trouble, et rêvait, son parasol sous l’aile…

Lorsque soudain…

Lorsque soudain, je fus pris de stupeur, voyant s’ouvrir les sombres lèvres d’une rose. Et avant que je ne l’eusse interrogée :

– Tu cherches le secret de son génie ? demanda-t-elle.

Et j’inclinai la tête.

– Je l’ignore et lui-même l’ignore, dit-elle.

Puis elle se tut.




Francis Jammes

in " Odilon Redon, botaniste "







La rose a tort; je sais ce que je fais.



Odilon Redon

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" Fautrier, lui, nous peint une boîte comme si le concept de boîte n’existait pas encore; et plutôt qu’un objet, un débat entre rêve et matière, un tâtonnement vers "la boîte" dans la zone d’incertitude où se frôlent le possible et le réel… L’artiste a la sensation continuelle que les choses pourraient être autrement…



A. Berne-Joffroy

in " Les Objets de J. Fautrier "





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Isola

04/02/07

Il descendit sur une plage où le soir

Etait toujours celui d’anciennes forêts,

Et s’avança,

Et ce fut une rumeur d’ailes qui le rappela

Détachée du déchirant

Battement de coeur de l’eau torride…




Ungaretti



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Attente

03/02/07

Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin

Ciel dont j’ai dépassé la nuit

Plaines toutes petites dans mes mains ouvertes

Dans leur double horizon inerte indifférent

Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin



Je te cherche par delà l’attente

Je te cherche par delà moi-même

Et je ne sais plus tant je t’aime

Lequel de nous deux est absent.




Paul Eluard



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Tout ce qui pour chacun de nous constitue le passé, le présent et l’avenir, est donné en bloc et tout l’ensemble des évènements, pour nous successifs, dont est formée l’existence d’une particule matérielle, est représenté par une ligne, la ligne d’Univers de la particule…Chaque observateur, au fur et à mesure que son temps propre s’écoule, découvre, pour ainsi dire, de nouvelles tranches de l’espace-temps qui lui apparaissent comme les aspects successifs du monde matériel, bien qu’en réalité l’ensemble des évènements constituant l’espace-temps préexistent à cette connaissance.



Louis de Broglie



in " L’Oeuvre scientifique d’Albert Einstein "







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Le buveur

01/02/07

…Qu?il fasse un voyage

Aux bras d?un nuage,

Et laissez-le, s?il lui plaît,

Boire à mes ruisseaux de lait !…



Marceline Desbordes Valmore



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