Inconsisté…

28/02/10

Inconsisté       fièvre de gris


chaque nuit              la lente fleur sous-marine


se déploie sous la paupière


et nous créons la mer ultérieurement….


Michèle Marie Denor

in  » Sombres, dans la ville où elles se taisent « 

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Le « Diseur de mots » est le poète véritable, celui qui fait rendre au langage tout ce

qu’il enferme de l’âme, et non seulement la pensée décantée par la logique, mais

l’autre souterraine, qui ne répond à rien. Diseur de mots est celui qui sait établir

entre ces mots le potentiel d’une charge nécessaire à l’étagement de mouvements

compliqués  et d’épaississements graves formant la matière mentale. Songez à un

seul de vos rêves. Le diseur de mots est celui qui, dans l’extrême veille, harponne

un équivalent du rêve.


Pierre Jean Jouve

in  » En Miroir « 

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Aurore

25/02/10

Sur les côtés de la cour, à l’intérieur des couloirs, des bâtiments, des mottes et des

croûtes de paysage, dort encore le corps des juges et des acteurs, et des

exploiteurs-explicateurs de toutes choses, des hommes sûrs de soi.


Alors, pour moi seul, comme pour chaque homme seul et qui n’a pas encore parlé

de ce jour après le silence de la nuit, étant debout et l’œil ouvert, pendant un court

moment tout se remontre à froidement nommer. J’ouvre la bouche. Enfin, me

semble-t-il, je vais pouvoir parler, parmi le chœur des choses qui à ce moment

toutes ensemble se renomment distinctement l’une à l’autre, sans exagération

aucune et sans rayonnement excessif. Les valets du jour cependant enlèvent leur

manteau sur toute la ligne aux invités…


Francis Ponge

in  » Nouveau nouveau recueil « 

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Un peuplier…

25/02/10

Un peuplier sous les étoiles


que peut-il.


Et l’oiseau dans le peuplier


Rêvant, la tête sous l’exil


tout proche et lointain de ses ailes,


Que peuvent-ils tous les deux


Dans leur alliance confuse


De feuillages et de plumes


Pour gauchir la destinée.


Le silence les protège


Et le cercle de l’oubli


Jusqu’au moment où se lèvent


Le soleil, les souvenirs.


Alors l’oiseau de son bec


Coupe en lui le fil du songe


Et l’arbre déroule l’ombre


qui va le garder tout le jour.


Jules Supervielle

in  » Gravitations « 

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Au tombeau…

24/02/10

Au tombeau, même si j’y entre, pyramide ou dôme, vers le cénotaphe où le reste

des restes s’épuise, le coffre, le cercueil, sein des seins, restent au dehors de ce

dedans — forclos ; au dehors de ce dedans — crypte ; au dehors de ce dehors, au

dedans de ce dehors. Et quand je percerais le plomb, pilleur de cendres, aucun

reste ne serait à la merci de mon vol ; la tombe se serait reconstituée hors de moi.

Un tombeau a lieu pour que l’absence s’y creuse autre que toute absence de

présent, et d’où rayonne une absence qui évide le dehors.


Michel Deguy

in  » Donnant donnant « 

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Dernière nuit

23/02/10


Et le bateau, facilement,


plus haut – nous ne pesons rien ! –,


brise, rapide,


l’eau,


qui lui orne les flancs


d’un ras noir, rompu en de rouges argents vagues,


éclat indécis


de planètes


et de la voie lactée.


Nous allons au cœur par le mystère,


tremblants, sans parler, tous en proue,


dans un immense désir.


Juan Ramón Jiménez

in  » Journal d’un poète jeune marié « 

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Gisant

22/02/10

«    Et désormais tu dors en moi avec tes mains de gisant, avec tes yeux couleur de

menthe.


Tu dors avec tes mains feutrées, la croix posée sur tes matins et maintenant tu

restes couvert des larmes du silence.


Et désormais, demeure en moi avec ton corps de pierre, ta respiration de dormeur

dans l’eau originelle des matins de lumière. »


Béatrice Bonhomme-Villani

in  » Passant de la lumière « 

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Mon0de

21/02/10

Si tu as un monde, ne le perds pas en cherchant en lui un monde.


Antonio Porchia

in  » Voix abandonnées « 

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Pas de bruit ­


Du bruit point, mais le regard de pluie d’un vieux chien :


Désarroi ­


Vouloir crier ­


Essayer de trouver comment lancer l’appel ­


L’appel contre le temps figé : Nul ­


Voix sans chair. Voix absente ­


Alors ?


Se déprendre du monde.


Descendre au fond de la mémoire :


Et relancer le temps.


Edith Azam

in  » Rupture « 



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L’herbe

19/02/10

Qu’y a-t-il en nous de pareil aux herbes ?


Fines et nues, toujours d’humeur froide,


Froides et unes,


Non pas mille grâces mais mille herbes,


D’attitude très naturelle.


Contentes sur place,


Sûres à l’ancienneté de leur décoration,


Elles assistent au bœuf.


Francis Ponge

in  » Lyres « 

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Femme ou bête

18/02/10

Femme ou bête


quoi que tu sois


couvre-moi j’ai froid


des pieds à la tête


couvre-moi j’ai peur


des tempes aux genoux


des reins au cœur


couvre-moi je tremble


André Laude

in  » Le bleu de la nuit crie au secours « 

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On dessine sur le sable un cercle


après quoi on le coupe en deux,


avec la même baguette de noisetier on le coupe en deux.


Après cela on tombe à genoux,


après cela on tombe sur les paumes.


Après cela on frappe le sable du front


et on demande pardon au cercle.


C’est tout.


Nichita Stanescu

in  » Les œuvres imparfaites « 

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Si nous mourons peut-être est-ce pour cela ?


Pour que l’air liquide des jours


secoue soudain le temps et lui donne de l’espace


pour que l’invisible, le feu des attentes


s’écarquille dans l’air


et consume ce qui nous semblait être


notre seule récolte


Antonella Anedda

in  » nuits de paix occidentale & autres poèmes « 

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Le pont

16/02/10

Arches hardies par-dessus les paupières


barque rouge ardent des lèvres


vient l’hiver, passe l’hiver


les glaces emporteront le pont


Zbynek Hejda

in  » Valse mélancolique « 


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Le visage

13/02/10

Dans le bord scindé, dans cette lumière


dernière qui impose silence aux branches,


là où la terre peut


répandre dans les airs son haleine ou ses cendres,


ici, dans la cécité de ce bord,


mes mains te cherchent, et ne palpent


que ton visage incarné dans les mots.


Rafael-José Díaz

in  » Le Crépitement « 

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sous chaque vivant il y a un mort, l’un mangeant la chair de l’autre

l’ange et l’oiseau se disputent les restes


Françoise Collin

in  » On dirait une ville « 

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Matin

10/02/10

Je ne sais pas me reconnaître


Tout est pareil dans le matin


Ici des ombres là du feu


Qui prend sans qu’on n’en sache rien


Les grandes roches taciturnes


Font sur le champ que rien n’émeut


Comme des corps lourds de sommeil


Robert Momeux

in  » Lanterne sourde « 

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Un visage à la fin du jour


Un berceau dans les feuilles mortes du jour


Un bouquet de pluie nue


Tout soleil caché


Toute source des sources au fond de l’eau


Tout miroir des miroirs brisé


Un visage dans les balances du silence


Un caillou parmi d’autres cailloux


Pour les frondes des dernières lueurs du jour


Un visage semblable à tous les visages oubliés.


Paul Eluard

in  » La vie immédiate « 

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Soupir

08/02/10

L’âme à la rue entre deux bruits. Et je ressemble à un âne entre ses deux ballots.

Une vapeur s’élève ? C’est un soupir qui monte du lieu qui fut moi, dont je fus

évincée, et qui dure et s’exhale comme une fleur demeurée telle, qui n’existerait

cependant que par le souvenir qui en persiste.


Gabrielle Althen

in  » Carnets « 

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Insaisissable

07/02/10

Oh brisez vos balances et vos mètres !

Et je ne veux que le rythme insouciant et hasardeux de la mer


Oh ! ce qui est insaisissable ici-bas – Ces parfums qui passent – ces sons que l’on

entend sans voir de bouche et sans avoir tendu l’oreille – oh ! aimons-les et n’en

parlons jamais pour que le Docteur ne vienne pas nous démontrer avec ses

instruments la raison de ce qui nous charme (grise) étonnamment.


Saint-Pol-Roux

in  » La Rose et les épines du chemin « 

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Mystère

06/02/10

D’un côté, le monde qui est mystère, de l’autre, la poésie qui est un autre mystère :

entre les deux, la langue qui doit être claire, aussi claire que possible, car il faut

beaucoup de clarté pour révéler l’obscur en tant que tel.


Gabrielle Althen


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Automne

04/02/10

Ce que j’écris et qui,


doré par mon orgueil,


me semble traits de feu


n’est peut-être que lueurs sur un marécage


ou flamboiement de feuilles mortes.


Michel Leiris

in  » Ondes « 

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nerf & muscle

03/02/10

Maintenant que les langues humaines s’usent & sombrent

que la meute fascinée par les écrans bégaie


toi, nerf & muscle


tends encore la corde de la lyre

frappe le ventre du tambour d’aisselle

jette les braises dans le cercle des danseuses

& module


Auxeméry

in  » Les Animaux Industrieux « 

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