Inspiration

10/09/08



Je pense qu’aucun grand artiste ne travaille en état de fièvre.

Les mystiques même ne travaillent qu’au moment où l’ineffable colombe de l’Esprit Saint abandonne leur cellule pour se perdre dans les nuages. On revient de l’inspiration comme on revient d’un pays étranger. Le poème est le récit du voyage. L’inspiration donne l’image mais sans revêtement. Et pour la revêtir, il faut observer calmement et sans se passionner dangereusement la qualité, et la sonorité du mot.




Federico Garcia Lorca

in " L’Image poétique chez Don Luis de Gongora "



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Patience

09/09/08



Le temps ici n’est pas une mesure. Un an ne compte pas, dix ans ne sont rien. Être artiste, c’est ne pas compter, c’est croître comme l’arbre qui ne presse pas sa sève, qui résiste, confiant, aux grands vents du printemps, sans craindre que l’été puisse ne pas venir. L’été vient. Mais il ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s’ils avaient l’éternité devant eux.




Rainer Maria Rilke



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Cette magnifique hécatombe, cette semaine rouge, la rue rouge, cette semaine pourprée, cette semaine sanglante, rouge comme une rose pourpre, ces trente mille morts, trente mille feuilles…




Charles Peguy



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C’est cet admirable, cet immortel instinct du Beau qui nous fait considérer la Terre et ses spectacles comme un aperçu , comme une correspondance du Ciel. La soif insatiable de tout ce qui est au-delà, et que révèle la vie, est la preuve la plus vivante de notre immortalité. C’est à la fois par la poésie et à travers la poésie, par et à travers la musique, que l’âme entrevoit les splendeurs situées derrière le tombeau; et quand un poème exquis amène les larmes au bord des yeux, ces larmes ne sont pas la preuve d’un excès de jouissance, elles sont bien plutôt le témoignage d’une mélancolie irritée, d’une postulation des nerfs, d’une nature exilée dans l’imparfait et qui voudrait s’emparer immédiatement, sur cette terre même, d’un paradis révélé. Ainsi le principe de la poésie est,

strictement et simplement, l’aspiration humaine vers une Beauté supérieure, et la manifestation de ce principe est dans un enthousiasme, un enlèvement de l’âme ; enthousiasme tout à fait indépendant de la passion, qui est l’ivresse du coeur, et de la vérité, qui est la pâture de la raison.





Charles Baudelaire



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Gouffre

06/09/08



Si l’impression que j’ai eue précédemment d’un filet d’eau pénétrant dans ma gorge et m’y rafraîchissant plus profondément que je m’y attendais a déclenché la vision, tous les éléments premiers ont maintenant mué. Profond a fait profondeur, a fait cañon, rafraîchissement a fait fraîcheur dans la montagne, eau avalée et descendant profondément est devenue eau qui tombe, eau en cascade, eau qui en creusant a creusé un cañon lequel a fait un précipice.




Henri Michaux

in " Connaissance des gouffres "



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Votre oeil se fixe sur un arbre harmonieux, courbé par le vent; dans quelques secondes, ce qui ne serait dans le cerveau d’un poète qu’une comparaison fort naturelle deviendra dans la nôtre une réalité. Vous prêtez d’abord à l’arbre vos passions, votre désir et votre mélancolie, ses gémissements et ses oscillations deviennent les nôtres, et bientôt vous êtes l’arbre…




Baudelaire



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Cour intérieure

par Rodica Thot Poiata Artiste Peintre Roumaine



http://www.rtp.ro/pictura-ulei-peisaje.html









Une cour intérieure.

Un tableau parmi d’autres dont on pourrait se demander pourquoi il attira mon attention. Un choc visuel certain, mais provoqué par quoi ?

Un arc de voûte en forme de sourcil découvrant un lieu de vie paisible, fait plus de verticalités que d’horizontalités, ouvert tout à la fois comme devait l’être l’?il du peintre et sombre de fraîcheur, un lieu tout empli de silence où le temps semble s’être arrêté.

Peut-être est-ce cela, ou peut-être la douceur patinée du grès rose, l’odeur humide des pavés à laquelle succèderait si l’on faisait quelques pas la chaleur d’un rayon de soleil qui brûlerait la nuque.

Un mouvement de tête et le regard découvre en lignes de fuite qui se perdent au loin en une brume étrange un baroque inventaire fait de marches, d’étai, de pot de fleur, ainsi que d’un socle de pierre rehaussé d’un objet mystérieux ressemblant à un personnage qui tenterait de nous voir et d’un petit banc de bois.

Peut-être est-ce le fait que nul signe de vie ne soit apparent qui provoque cette étrangeté ? Et pourtant cette fenêtre ouverte témoigne d’une présence invisible. Ces couleurs nuancées aux teintes de pastel auxquelles répondent des masses indistinctes aux palettes plus franches de rouge bordeaux, de jaune or et de bleu noir appellent notre attention. Un jeu de contraste entre le flou et le concret, le visible et l’invisible.

Je voulais entrer dans ce tableau, attiré irrésistiblement par le mystère que je pressentais. J’y entrai par les trois marches du perron. Fermer les yeux, tâtonner dans le noir dans l’attente d’un rai de lumière. Il me fallut reprendre de mémoire tous les éléments qui m’avaient interpellé, les lignes et les formes, les sensations et les couleurs.

Bleu noir. Infime singularité. Reflet pur d’un ciel absent. Cette petite tâche devait être un indice. M’en approcher. Plus près encore. Assombrir pour éclairer. Contraster. Aller plus loin dans le spectre du visible pour palper l’invisible.



Peu à peu une forme se condensa et dans l’ombre de la fenêtre, au-delà du mur du chambranle, je vis son visage.





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Rêve

03/09/08



L’esprit de l’homme qui rêve se satisfait pleinement de ce qui lui arrive. L’angoissante question de la possibilité ne se pose plus. Tue, vole plus vite, aime tant qu’il te plaira. et si tu meurs n’es-tu pas certain de te réveiller entre les morts ? Laisse-toi conduire, les événements ne souffrent pas que tu les diffères. Tu n’as pas de nom, la facilité de tout est inappréciable.




André Breton

in " Manifestes du surréalisme "



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Chamanes

02/09/08



Quatre ou cinq hommes dansent en rond.

Sur eux la lune va tomber.



Buson Yosa (1716 ~ 1783)



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Paysage

01/09/08



« Tout paysage aimé est un état d’âme ! »




Bachelard



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Le trésor

07/07/08



Si nous voulons, rien ne nous serait impossible, puisque le plus pauvre, le plus dénué d’entre nous a le pouvoir de nous remettre, de ses mains appliquées et de ses yeux confiants, un trésor inestimable, ses rêves et sa réalité tout nus que la plate raison et la haine de l’homme gagnant parviennent à déflorer mais jamais à détruire.




Paul Eluard

in " Les Sentiers et les Routes de la poésie "







Un changement d’opérateur Internet, un retour à la Nature jusque fin août, seront responsables de certaines absences…

Rêvez, songez, là aussi est votre réalité.

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L’homme-arbre

30/06/08



Assis sur un meuble informe, je n’ai pas bougé mes membres depuis quatre siècles. Mes pieds ont pris racine dans le sol et composent jusqu’à mon ventre une sorte de végétation vivace remplie d’ignobles parasites, qui ne dérive pas encore de la plante, et qui n’est plus de la chair.




Lautréamont

in " Les Chants de Maldoror " IVème Chant



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Incorporation

29/06/08



Je reconnais, incorporés en moi gneiss, charbon, mousses aux longs filaments, fruits, graviers, racines comestibles. Je suis stuqué des pieds à la tête de quadrupèdes et d’oiseaux.




Walt Whitman

in " Feuilles d’Herbes "



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Imagination

28/06/08



L’acte d’imagination est un acte magique. C’est une incantation destinée à faire apparaître l’objet auquel on pense, la chose qu’on désire, de façon qu’on puisse en prendre possession. Il y a dans cet art, toujours quelque chose d’ingénieux et d’enfantin, un refus de tenir compte de la distance, des difficultés.

Ainsi le tout jeune enfant , de son lit, agit sur le monde, par ordres et prières. A ces ordres de la conscience, les objets obéissent. Ils apparaissent.




Jean-Paul Sartre

in " L’Imaginaire "



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Montons, poètes

A la hauteur des aigles,

Chantons dans les grisailles du monde.

J’y verse, moi, mon soleil à moi,

Toi le tien,

En vers…




Maiakowski

in " Vers et proses "



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Faisons d’abord le poème avec sang

Nous mangerons le temps du sang

Et en avant le po-ème en chant et sans sang

Ce qui était fait avec du sang, nous nous en avons fait un poème…




Antonin Artaud



Le sang qu’a versé Matoub n’a pas coulé pour rien



Le jour de l’assassinat de Lounes Matoub, Muhand Saidi a peint ce tableau avec son propre sang.



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La flamme est la nuée du coeur

Et toutes les branches du sang

Elle chante notre air

Elle dissipe la buée de notre hiver

Nocturne et en horreur a flambé le chagrin

Les cendres ont fleuri en joie et en beauté

Nous tournons toujours le dos au couchant

Tout à la couleur de l’aurore.




Paul Eluard

in " Le Phénix "



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Respoésie

24/06/08



Je me fais tirer par les objets, hors du vieil humanisme, hors de l’homme actuel et en avant de lui…




Francis Ponge

in " Le Grand Recueil "



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…Je laisse les choses introduire peu à peu dans mon âme leur lumière particulière, depuis le galet jusqu’au soleil et aux étoiles, et les laisse monter peu à peu comme l’huile du niveau de mes nerfs vers la veilleuse de ma pensée.




Sikellianos



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Je fus tenté par un mystère où les formes ne jouent aucun rôle. Curieux d’un ciel décoloré d’où les oiseaux et les nuages sont bannis. Je devins esclave de la faculté pure de voir, esclave de mes yeux irréels et vierges, ignorants du monde et d’eux-mêmes. Puissance tranquille, je supprimai le visible et l’invisible, je me perdis dans un miroir sans tain. Indestructible, je n’étais pas aveugle.



Paul Eluard

in " Donner à voir "



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L’olive

20/06/08



Le Poète recommande: " Penchez-vous, penchez-vous davantage."

Il ne sort pas toujours indemne de sa page, mais comme le pauvre, il sait tirer parti de l’éternité d’une olive.




René Char



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L’oeuvre pure

19/06/08



L’oeuvre pure implique la diminution élocutoire du poète qui cède l’initiative aux mots par le heurt de leur inégalité mobilisée; ils s’allument de reflets réciproques comme une virtuelle traînée de feux sur des pierreries, remplaçant la respiration perceptible en l’ancien souffle ou la direction personnelle enthousiaste de la phrase.




Stéphane Mallarmé





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Poésie

18/06/08



…Cette langue sera de l’âme pour l’âme, remuant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant.




Arthur Rimbaud

in " Lettre à Izambard "



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Marchands d’histoires – marchands de vent, enjoliveurs ou débineurs, hâbleurs, craqueurs, gausseurs, archi-menteurs, langue ferrée à glace et visage impassible – causeurs et bavardins, faiseurs de châteaux en Espagne, amuseurs à la moutarde et décrasseurs de rêves – grands vernisseurs de faits, enjoliveurs de roses et écraseurs de crottes, tous les arrache-dents et les barons de Crac, les charlatans, les attrapeurs, fanfaronnards, goureurs, farceurs, colleurs, forgeurs, enjôleurs, les chevaucheurs de monts et merveilles – les conteurs à dormir debout, sous de faux-planchers, sous de fausses couleurs, poètes passant par le nième degré de fièvre pour en revenir à zéro, petits poètes généreux donnant à boire aux grands poètes dénués. Et ce qu’ils veulent nous faire prendre pour argent comptant provoque effrontément la vérité qui a si souvent tant de mal à sortir de son puits.




Paul Eluard

in " Les Sentiers et les Routes de la Poésie "



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La mort est aujourd’hui devant moi

Comme pour l’invalide la santé

Comme quitter sa chambre après la maladie



La mort est aujourd’hui devant moi

Comme l’odeur de la myrrhe

Comme s’asseoir sur la toile un jour de vent



La mort est aujourd’hui devant moi

Comme l’odeur du lotus

Comme s’asseoir à la rive de l’ivresse



La mort est aujourd’hui devant moi

Comme la fin de la pluie

Comme le retour d’un homme à la maison

Après une campagne outre-mer



La mort est aujourd’hui devant moi

Comme lorsque le ciel se découvre

Comme le désir d’un homme de revoir sa maison

Après des années sans nombre de captivité…



Poème égyptien, l’un des plus anciens que l’on connaisse.

XXème siècle avant J.C.




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L’homme qui prie est avant tout un homme qui s’exprime, qui s’adresse à la divinité, qui est relié par le verbe aux puissances cosmiques. Ainsi l’attitude de l’homme en prière est-elle nécessairement une attitude prise à l’égard du langage. Ce langage dès lors a deux fonctions: celle de la requête et celle de l’adoration. Le désir humain et la célébration de l’Être jouent donc un rôle constant dans la prière. C’est alors qu’une certaine coïncidence de nature et de fonction se fait jour entre la prière et la poésie. Le poète (sans préjuger de ses propres convictions religieuses) comme l’homme en prière est un homme qui se livre, s’abandonne au langage, qui lui confie sa part de rêves et de désirs en même temps qu’il provoque l’assomption verbale du Réel.




Pierre Seghers

in " Avant-propos du Livre d’or de la Prière, par Alfonso M. Di Nola



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Atome

14/06/08



Il n’est point, non plus, divisible puisqu’il est tout, entier, homogène,

Car il n’y a point, ici un plus qui romprait sa continuité,

Ni là, un moins : mais tout est plein d’être.

Ainsi tout est continu : être se presse contre être…




Parménide

Traduction d’Auguste Dies



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Le poison fait tourner la tête.

L?entrave empêche de partir.

Si on a lancé la flèche,

et si la flèche frappe juste,

c?est comme la mouche du cheval:

la mouche qui a piqué un cheval,

piquera un autre cheval.

La flèche est pareille à la femme enceinte:

elle aime la viande.

Même si la flèche ne perce pas le flanc, on meurt.

Si elle perce un peu, on meurt. Si elle entre bien, on meurt. Si elle touche à peine en retombant, on meurt. Si ce n?est pas mon sang, n?importe quel sang tue-le, je te le donne! C?est le feu que j?allume, c?est le feu que je prends. L?ombre est brûlante. le soleil est brûlant. Poison, plus fort que le fusil, plus fort que le tonnerre, plus fort que le feu, n?importe qui, tue-le! Je te le donne si ce n?est pas mon sang.



Chant Haoussa du Niger



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Mythe et Parole

12/06/08



Le mythe raconte une histoire sacrée; il relate un évènement qui a lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux des "commencements". Autrement dit, le mythe raconte comment, grâce aux exploits des Êtres surnaturels, une réalité est venue à l’existence, que ce soit la réalité totale, le Cosmos, ou seulement un fragment: une île, une espèce végétale, un comportement humain, une institution…Dans la plupart des cas, il ne suffit pas de connaître le mythe de l’origine, il faut le réciter.




Mircea Eliade

in " Aspects du Mythe "





Mabboul, le Déluge

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Taaroa

11/06/08



Taaroa est la clarté,

Taaroa est le centre,

Taaroa est le germe

Taaroa est la base

Taaroa est l’incorruptible

Taaroa est le fort

Qui créa l’univers,

L’univers est grand et sacré

Qui n’est que la coquille de Taaroa

C’est lui qui l’anime, qui en fait l’harmonie…




Récit de la création du monde par le dieu Taaroa (Tahiti), la Parole



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