Pourquoi nous émouvoir d’un paysage d’oiseaux

D’une alouette sonnant les matines du soir

Simplement d’une abeille cognant sur la vitre

Si déjà la rumeur ne réveille l’écho

D’une autre nostalgie plus vaste que l’oubli

Et nous qui sommes fous d’irréel de mystère

Pourquoi nous éblouir seulement d’une pomme

Toute ronde vêtue de clarté coutumière

Comme si par le charme ultime d’un regard

L’intemporel devait s’enraciner ici

A l’ombre d’un seul jour au ciel d’un seul pays.




Christian Bachelin



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"La vision de la Vérité est désunion.

L’union consiste à s’anéantir de soi-même et de la Présence Divine."



Cheikh Al Alawi



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Le grand cheval

07/06/08



…Un dieu me fuit que j’avais inventé

un grand cheval me fixe dans un rêve

un ciel de honte incendie la beauté…




Guy Chambelland

in " Limonaire de la belle amour "



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L’oiseau

06/06/08



L’oiseau au ventre orange

qui chantait dans l’après-midi

mourra

– de je ne sais quelle mort d’oiseau –

créant un nouveau silence palpable

dissemblable

mais proche de celui des pins et

si élémentaire encore

qu’on le dessinerait aisément sur le sable

si l’écume quotidienne

n’emportait pas toute chose vers la mort.




Franck Venaille



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J’ai mal…

05/06/08



J’ai mal de t’avoir quitté, mal de vivre, pays de mûriers, de vignes, de ruisseaux secrets, semblances de Dieu, ma vallée heureuse. Morte j’irai à ta recherche, dans un sac de pauvre, un peu de terre et d’eau, le pain de tes promesses. Et l’on dira: cette femme au loin, il n’y a d’ombre nulle part pour elle.




Laurice Schehadé

in " Le Batelier du vent "



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Cataclysme

04/06/08



Une erreur de soleil est sur la ville

Tout le ciel a fixé l’éblouissement

Dans un film arrêté j’avance et sur la pierre mes pieds brûlent

De chaque mur l’or mat rayonne la ville a couleur de désert…



Une erreur immobile est sur la terre

Stupéfaction sans paupière, debout !

S’est repliée la douce nuit les herbages du songe

Et sur un geste, un pas,

Le feu immense s’est ouvert, le vide insoutenable !



Claire Laffay

in " Dédales "



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Capucine

01/06/08



La capucine du silence

ouvre le feu



mais dans la main en friche

une grenouille saute



c’est un savon



sur la poitrine folle




Odile Caradec

in " A vélo, Immortels ! "



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Tentation

31/05/08



en dépit des oiseaux

je me surprends

à remuer des arbres dans la nuit



je déplace des forêts

j’échange des feuillages



il me pousse soudain

des branches bleues

et des fleurs hors de la tête



je m’éveille une pomme aux lèvres



l’aube a tenté sa chance

je parle et dieu sourit




Anne Berger

in " La loi blanche "



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Voici les mots

30/05/08



Voici les mots

L’âme et le sang

Rien n’arrache le nom



Ce rouge essentiel

Où brûle

par syllabes

la vie



Qu’il soit lu




Janine Mitaud

in " Danger "



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Présent

29/05/08



Ecoute

J’atteins de nouveau l’instant nul où l’avant et l’après s’anéantissent,

Foudroyés

Des grains de mimosas m’éclaboussent dans l’ombre

Je n’ai rien à t’apprendre

Je ne dure pas

Je ne perpétue que le défi de chaque seconde

Ne dis rien

Le présent est ce plaisir absolu de n’avoir pas de lendemain

Précédé de rien

Suivi de rien

Total




Colette Gibelin

in " Le Paroxysme seul "



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Elle

28/05/08



Tu as les yeux ouverts. Lignes crispées de l’iris effilé, brillant reflet sur le noir de pupille, et les débris de rêve en lisière de larme.



Acérée, rayon d’eau crépitante au roc brisé des rives, danse heurtée dans l’obscur de tes nerfs.



Brûlée, au creux de la cellule, au profond alvéole du fer que ronge la lumière, épars de chaleur brune.



L’ombre malaise du geste sur ta peau, surface de lueur au recels de brumage. Ecume




François Lajuzan

in " Bruissement éployé de pétale " – 1982



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Le baiser

27/05/08



Le baiser ne prendra plus la nuit ses allées cavalières: il s’en retournera sans bruit au silence des lèvres – le mourir, la ténèbre saisis contre l’absence.




Vera Feyder

in " Passionnaire "



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Nuit rouge

26/05/08



Un jour de cratère en corolle

la mort s’ouvrira la fleur préférée du soleil

tu croiras vivre une vie plus vive

quand tes mains paumes renversées prendront les fruits de l’air

tout sera heureux sur ton visage

la musique s’envolera le sable mouvant la lumière

comme jamais

et les dernières paroles

le dernier mot de tendresse

enveloppant d’un frémissement qui ne cessera plus celui

qui lentement se pétrifie

s’éloigne à reculons vers la falaise immobile

ce sera tout ensemble la mer et le plus haut sommet

la poésie prendra l’horizon

d’un seul coup de filet

comme les carrelets balancés sur les rivières du Vietnam

terre pacifiée



mais la nuit est rouge et tu ne peux pas mourir




Françoise Han

in " L’Espace ouvert "



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Attente

25/05/08



On enferme les fous dans un jardin de planches

On pique les chiens ivres

Asile de vieillards il reste pour mourir

Une chaise une tasse de tilleul sur la table

Et ce juste recul qui donne au temps vécu

Sa profondeur étrange aux odeurs leur saveur

Inexplicable et chaude



Une anguille se glisse dans les herbes du couchant

L’été fulgure entre les pierres

L’horizon se couvre de colombes occultes.




Christian Bachelin



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L’avertisseur

24/05/08



Tout homme digne de ce nom

A dans le coeur un Serpent jaune,

Installé comme sur un trône,

Qui, s’il dit : "Je veux ! " répond : " Non ! "



Plonge tes yeux dans les yeux fixes

Des Satyresses ou des Nixes,

La Dent dit : " Pense à ton devoir ! ",



Fais des enfants, plante des arbres,

Polis des vers, sculpte des marbres,

La dent dit : " Vivras-tu ce soir ? ",



Quoi qu’il ébauche ou qu’il espère,

L’homme ne vit pas un moment

Sans subir l’avertissement

De l’insupportable Vipère.




Charles Baudelaire

in " Les Fleurs du Mal "



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Marine

23/05/08



Les chars d’argent et de cuivre -

Les proues d’acier et d’argent -

Battent l’écume, -

Soulèvent les souches des ronces.

Les courants de la lande,

Et les ornières immenses du reflux,

Filent circulairement vers l’est,

Vers les piliers de la forêt,-

Vers les fûts de la jetée,

Dont l’angle est heurté par des tourbillons de lumière.




Arthur Rimbaud



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L’ombre et l’abîme ont un mystère

Que nul mortel ne pénétra;

C’est Dieu qui leur dit de se taire,

Jusqu’au jour où tout parlera.




Victor Hugo



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Langueur

21/05/08



Atroces fleurs qu’on appellerait c?urs et s?urs, damas damnant de langueur…




Arthur Rimbaud

in "Métroplolitain "



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Apparition

20/05/08



La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs

Rêvant, l’archet au doigt, dans le calme des fleurs

Vaporeuses, tiraient de mourantes violes

De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.




Mallarmé





Tableau de Dante Gabriel Rossetti

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Tristesse aux flots de pierre.



Des lames poignardent des lames

Des vitres cassent des vitres

Des lampes éteignent des lampes



Tant de liens brisés.

La flèche et la blessure

L’oeil et la lumière

L’ascension et la tête.



Invisible dans le silence.




Paul Eluard

in " Seconde Nature "



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" Le poème redevient soluble dans la poésie, son orient fragile et changeant nous parle sans cesse d’une eau-mère, d’un plasma poétique dont la pulsation l’irrigue et auquel continue de l’unir une vivante consanguinité. Le diamant mallarméen cède la place à la perle des mers. "




Julien Gracq

in " Préférences " – A propos du "Poisson soluble" d’André Breton



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Gazelles

17/05/08



Les gazelles ont caressé leur mémoire

Il en sort tout un équipage

avec de grandes dames sans yeux

un beau visage découvert

une voiture dont les oreilles écoutent écoutent et meurent d’ennui

L’ennui cultivé en des serres inestimables

se développe en capitaine de forbans

J’en suis.



Benjamin Péret

Portrait d’André Breton in " Le Grand Jeu " – 1928



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Epitaphe

16/05/08



Vous tous qui haïssez que la déesse change

Que sur la terre Dieu groupe autrement ses anges

Vieux coqs inattentifs au silence de l’?uf,

Sachez que pour Cocteau rien n’était assez neuf.

Il aimait le soleil parce qu’il sera terre,

Sa muse fut une onde, une électricité;

Des poètes pareils n’ont pas droit de cité,

Pourtant Dieu les oblige à ne jamais se taire,

Et semble avoir besoin de leur complicité.




Jean Cocteau

in " Faire-part "



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Le bel oiseau…

15/05/08



" Les bancs des boulevards extérieurs s’infléchissent avec le temps sous l’étreinte des lianes qui s’étoilent tout bas de beaux yeux et de lèvres. Alors qu’ils nous paraissent libres continuent autour d’eux à voleter et fondre les unes sur les autres ces fleurs ardentes. Elles sont pour nous traduire en termes concrets l’adage des mythographes qui veut que l’attraction universelle soit une qualité de l’espace et l’attraction charnelle la fille de cette qualité mais oublie par trop de spécifier que c’est ici à la fille, pour le bal, de parer la mère. Il suffit d’un souffle pour libérer ces myriades d’aigrettes porteuses d’akènes. Entre leur essor et leur retombée selon la courbe sans fin du désir s’inscrivent en harmonie tous les signes qu’englobe la partition céleste."




André Breton

Illustration de la Constellation N° 20 de Juan Miro





Constellation N° 20: Le bel oiseau déchiffrant l’inconnu au couple d’amoureux

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Nuages des montagnes couvertes de neige, arrachez

Les flétrissures du peuple.

Lui qui attend que les cieux soient rouges, arrache

Les flétrissures du peuple.




Prière des femmes Masaï pendant l’absence des guerriers

A leur retour du combat, lorsqu’ils ont remporté la victoire, les guerriers entonnent des chants rituels après avoir peint le côté droit de leur corps en rouge et le côté gauche en blanc.



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Mebeghe N’Kwa Sokome M’Bongue seul homme en quatre esprits.

Mebeghe, esprit de l’eau, la gauche, la femme; c’est lui qui détient la pluie, le froid, la nuit et la mort.

N’Kwa, esprit du feu, la droite, l’homme; c’est lui qui détient le soleil, la chaleur, le jour et la souffrance.

Sokome, esprit de la sagesse, le centre, la vérité; c’est lui qui détient la pensée, la parole, l’adresse et l’amour.

M’Bongwe, esprit du vent, la vie; c’est lui qui détient les nuages et la voile, la lumière et la vie éternelle.

Préambule du rite bwiti-fang du Gabon

Statue Fang Byeri d’Homme à quatre têtes

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La lettre enseigne les faits,

L’allégorie ce qu’il faut croire,

La morale ce qu’il faut faire,

L’anagogie ce vers quoi il faut tendre.




Nicolas de Lyre —– XVème siècle





Vézelay. – . Les quatre fleuves du Paradis.

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Apathéia

11/05/08



" L’
apathéia, c’est le but. Alors l’homme est comme Dieu. Il n’y a plus en lui de mauvaises pensées, il n’est plus l’esclave d’aucune passion, il est devenu amour, sans émotions, sans désir : il est."

Cet être silencieux est vaste comme un ciel sans nuage et sans vent :

" Un nuage ne peut se former sans un souffle de vent; de même une passion ne peut naître sans un mouvement de pensée."



Michel Jourdan / Jacques Vigne

in " Marcher, méditer "

Citations de Jean-Yves Leloup et de Marc l’Ascète



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Plus c’était un baiser

Moins les mains sur les yeux

Les halos de lumière

Aux lèvres de l’horizon

Et des tourbillons de sang

Qui se livraient au silence.




Paul Eluard

in " Premièrement " (L’amour la poésie)



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Souvenir

09/05/08



Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,

Du passé lumineux recueille tout vestige !

Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…

Tout souvenir en moi luit comme un ostensoir !




Charles Baudelaire

in " Harmonie du soir "



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